ICARE, ou le mythe réitéré :

l'utilisation de nouvelles technologies
offre à l'artiste un nouveau champ
d'expérimentations.
 
 
Le mythe de la Grèce Antique :
 
Il n'était pas facile de s'échapper de Crète, car Minos faisait garder par des soldats tous ses navires et venait d'offrir une récompense à qui capturerait Dédale. Alors celui-ci se fabriqua une paire d'ailes pour lui et une pour Icare ; les grandes plumes étaient cousues mais les petites plumes tenaient avec de la cire. Pendant qu'il fixait les ailes d'Icare, il lui dit en pleurant : " Mon fils, prends garde, ne vole pas trop haut, car le soleil ferait fondre la cire, ni trop bas, car les plumes seraient mouillées par la mer ".Puis il passa ses bras dans ses propres ailes et s'envola.  " Suis-moi bien, lui cria-t-il, ne t'écarte pas. "


[...]
 

Icare, enfreignant les ordres de son père, s'éleva et monta vers le soleil, tout heureux de se sentir porté par ses grandes ailes. Et, lorsque Dédale se retourna, il ne vit plus Icare ; mais dans la mer au-dessous de lui, des plumes flottaient sur les vagues. La chaleur du soleil avait fait fondre la cire, Icare était tombé dans la mer et s'était noyé.
Robert Graves
Les mythes grecs  - I -, Editions Pluriel
Le propos d'Ivan Chabanaud
C'est plus par son pays, que dans son interprétation par le spectateur, qu'il faut chercher une certaine reconnaissance. L'Icarie, pays du voyage Baudelairien en se faisant région de l'âme, nous plonge dans l'abîme de la re-création, un lieu nulle part près du labyrinthe, d'où il faut s'échapper en battant des ailes. Il y a plus dans l'implicite de ce mode de perception qu'une simple simulation. C'est une preuve de cette bascule entre des dimensions, où le verre prend la place de l'air. Un vieil encéphale apprend à ses dépens la mystification du sens. Icare viens plus de ce pays, L'Icarie que cherche notre âme, qu'il n'est vraiment. Au moment de son envol, il n'est plus humain, il est appareillé. De cette sorte d'appareils qui mesurent les infinitésimaux de l'action. Ailleurs il serait robot asservi au jugement cartésien. Comment approcher cette région où l'ailleurs n'a pas de sens. De cette machinerie sort un être qui s'est libéré de la pesanteur. Les lois universelles sont devenues pour la circonstance : particulières. Ce voyage ne mène nulle part ailleurs que dans l'au-delà d'une réalité. Les règles du jeu en sont dictées par des longueurs de câble. Communication avec un système vide de vie, solitaire et en attente d'une stimulation. Le labyrinthe est sans issue, la montée vers le soleil n'offre qu'un égarement dans un monde d'icônes. Sans doute les images d'une conscience qui a comme source les informations de la machine. C'est dans ce noir habillé que la déambulation est possible dans le labyrinthe. Un monde où l'espace des dimensions n'est pas maîtrisable dans la coordination. Un espace aux dimensions recalculées. Un territoire dont on ne connaît ni les repères, ni les lois, se dessine. Il serait vain de croire qu'il y a une issue. Comme dans les explorations, il faut en découvrir le fonctionnement.